lundi 23 mai 2022

Le cercle des mensonges - Céline Denjean

368 pages
Parution 2021

Un peu de l'histoire :

Le lieutenant Urbain Malot enquête sur le suicide du neveu du ministre des finances à Toulouse.
Un suicide assez ordinaire selon les premiers éléments de l'enquête.

Mais il ne sait pas encore que l'agent d'entretien qui travaillait dans l'immeuble d'à coté, a vu ce qui s'est vraiment passé. Et qu'elle est en fuite depuis que celle qui travaillait avec elle ce même jour s'est faite assassiner, probablement parce que les assassins, qui l'ont repérée aussi, ont dû la confondre.

De son coté et non loin de là, le Capitaine Éloïse Bouquet enquête sur le meurtre d'une jeune femme sans histoire, retrouvée dans un bois.

Au fil de leurs découvertes respectives, ils avanceront l'un vers l'autre car leurs enquêtes sont reliées par une organisation dont ils ignorent tout, mais dont la taille et l'influence dépasse leur imagination.

Tout en travaillant sur la résolution du meurtre de cette jeune femme, Éloïse est également en quête de retrouver Anne Poey, la grande prêtresse du Cheptel, toujours en fuite.

A mon avis :

Trois affaires en une, c'est beaucoup. Cela fait intervenir de nombreux personnages différents, qu'il est plus facile de cerner lorsqu'on a déjà lu le Cheptel, car ce sont pour certains d'entre eux les mêmes protagonistes. 

Dans le cas contraire, on a tendance à se perdre dans la multiplicité des identités.

C'est le premier écueil de ce roman, pourtant ciselé dans son scénario et extrêmement précis dans ses descriptions. 
Les chapitres s'enchainent tous de la même façon : un petit paragraphe sur la météo et l'atmosphère de la scène, puis une description très précise des situations, une action et des enquêtes bien menées qui permettent au lecteur d'avancer au rythme des enquêteurs. Ça c'est vraiment réussi. 

Le deuxième écueil cependant, c'est la fin de l'enquête sur les assassinats du neveu du ministre et de la jeune femme retrouvée dans les bois, puisque les deux se rejoignent. Pour ne pas dévoiler le scénario je ne vous en dirai pas davantage, mais la conclusion de cette affaire est assez décevante, même si elle est sans doute très réaliste et proche de ce que l'on doit rencontrer dans la "vraie vie". 

C'est certainement pour cette raison que l'affaire Virinaë (du nom de la prêtresse du Cheptel), refait surface et trouve son épilogue ici. Sans quoi, ce roman serait sans doute un peu creux. 

C'est dommage car la construction et les mises en situations sont assez réussies.

Alors bien sûr, il n'est pas indispensable d'avoir lu le Cheptel en amont, mais tout de même c'est beaucoup plus confortable pour aborder ce roman dont le sens du titre m'échappe encore.
★★☆☆

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Céline Denjean parle de son livre :





jeudi 12 mai 2022

Les gens heureux lisent et boivent du café - Agnès Martin-Lugand

192 pages
Parution : 2014

Un peu de l'histoire :

Diane, Colin et leur fille Clara filent le parfait amour.

Lorsqu'un camion met fin à l'histoire de Clara et Colin, Diane sombre dans la dépression durant un an, pendant lequel son ami Felix tente en vain de la sortir de sa léthargie, pour qu'elle reprenne sa vie et son travail dans ce café littéraire qu'elle a monté, qui était, avant le drame, une part de sa vie et qu'elle avait nommé "les gens heureux lisent et boivent du café".

Pour échapper au harcèlement de Felix, Diane finit par décider de s'exiler, de partir seule et loin, pour poursuivre cette dépression dans laquelle elle se complaît et qui la maintient en lien avec sa vie d'avant.

En fermant les yeux et en posant son doigt au hasard sur un atlas, elle tombe sur Mulranny en Irlande.

Et c'est là-bas qu'elle ira désormais s'enterrer.

A mon avis : 

Les gens heureux lisent et boivent du café est présenté comme un roman. Tout court. 

Et pourtant, non, ce n'est pas un roman... c'est un roman à l'eau de rose, un roman feelgood peut-être, une romance littéraire éventuellement, et certainement aussi un roman de clichés éculés sur la perte d'êtres chers (mais qu'est-ce qu'ils ont tous ces camions à s'acharner à percuter ces pauvres automobilistes !?), sur les hommes bourrus, les femmes seules, les femmes pseudos dépressives que l'on pense fragiles mais qui sont fortes à l'intérieur, les femmes qui la jouent insensibles mais qui sont transies d'amour pour ces mêmes hommes bourrus. 

Et si vous n'en avez pas assez, on vous fourguera aussi les clichés sur les hommes bourrus (les mêmes oui !), qui sont tendres à l'intérieur, qui ont souffert eux aussi mais d'une autre façon et qui ont leurs blessures qui les rendent irrésistibles, qui sont en l'espace de 30 secondes le pire ennemi puis le sauveur providentiel.

Et si ce n'est pas suffisant, on vous gavera de l'ami forcément homosexuel qui s'éclate avec ses amants, mais qui est toujours disponible pour aider ; de la famille d'avant qui était tellement parfaite ; de la petite fille tellement sage et aimante, que je ne peux résister à vous en livrer un extrait :
"Chaque soir, c'était le même rituel. Nous étions blotties l'une contre l'autre dans le canapé. Clara en chemise de nuit et moi impatiente de retrouver mon mari. Je passai dans l'entrée, Colin avait juste le temps de déposer ses dossiers sur la console avant que la petite ne saute dans ses bras. Dans le noir, je marchai sur leurs pas, dans le salon, où ils me rejoignaient. Colin avançait vers moi, je desserrais sa cravate, il m'embrassait, Clara nous séparait, nous dînions, Colin couchait notre fille, après quoi nous restions tous les deux avec la certitude de savoir Clara bien au chaud dans son lit, son pouce dans la bouche." 

Humm, bien dégoulinant...

Bref, un ramassis de clichés... et que ça d'ailleurs !
Qu'il y ait des romans d'amour et que cela réponde à la demande d'un certain nombre de lecteurs ou de lectrices, peu me chaut. Mais que l'on présente ce récit comme un roman, sans doute pour moins passer inaperçu au milieu du flot des éditions Harlequin, c'est tout simplement de l'arnaque. Et donc, si c'est un roman tout court, son style est banal, son histoire sans intérêt, ses rebondissements... inexistants.

J'ai été au bout de ma lecture d'abord en pensant que le style ne durerait qu'un temps et puis parce que je ne suis pas adepte du lectio interruptus, mais pour ne rien vous cacher et puisque j'ai peur de ne pas avoir été très clair dans mon exposé ci-dessus... je n'ai pas aimé !
☆☆☆☆

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Agnès Martin-Lugand dans l'émission "On n'est pas couché" en 2013 :








dimanche 1 mai 2022

Dans les brumes de Capelans - Olivier Norek

400 pages
Parution : 2022

Un peu de l'histoire :

10 ans après sa disparition, Anna est retrouvée dans "l'enclos" d'un prédateur, qui depuis toutes ces années enlève et assassine ses jeunes victimes.

Mais Anna est une exception, car elle, est vivante.

Pour aider la police à retrouver son kidnappeur qui lui échappe encore, Anna doit être protégée, mise au secret. Et elle doit aussi être placée dans les conditions qui lui permettront de s'ouvrir de nouveau et de parler, pour faire avancer cette enquête qui piétine depuis si longtemps.

Ces conditions et cet isolement, elle les trouvera auprès du Capitaine Coste, flic abimé par ses années d'exercice dans le 93, exilé depuis 6 ans sur l'ile de Saint-Pierre.

D'abord opposé à cette mission, Coste finira par l'accepter en étudiant le dossier de l'affaire, et il tentera de la protéger en attendant sa confession. 

Mais l'assassin n'a pas dit son dernier mot et dans les brumes de Capelans qui s'annoncent, l'affrontement se fera à l'aveugle. 

A mon avis :

J'avais été déçu, après une longue série de romans tous aussi bons les uns que les autres, par le dernier opus d'Olivier Norek, "Impact".

Le retour du Capitaine Coste sur le devant de la scène signe également le retour de l'écrivain et du romancier de talent qu'est Norek.

Dans les brumes de Capelans est un polar qui démarre vite et fort. Tout au long du récit, en parallèle de l'histoire principale, d'autres histoires se nouent et rendent le récit toujours plus intéressant. 

L'intrigue est prenante et les personnages profonds : Coste évidemment, notamment pour ceux qui ont lu la série des 93, mais même sans cela, est un personnage torturé, qui échappe cependant au cliché du flic alcoolique. Le personnage d'Anna également est dense, il a une histoire et réserve quelques surprises.
Les autres protagonistes aussi ont leur mot à dire, au sein de la brigade de police, ou bien parmi les habitants de St Pierre.

Le scénario quant à lui, réserve son lot de surprises, qui font rebondir le récit et lui donnent de la vigueur et de l'intérêt.

Bref, tout ce que l'on demande à un bon polar est bien là, dans un environnement assez original et que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer très souvent pour le moment.

Alors pour les lecteurs qui ont aimé le Capitaine Coste dans sa trilogie, vous pouvez vous jeter sur ce nouvel opus. Pour les autres... ben c'est pareil !

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Interview d'Olivier Norek




mardi 19 avril 2022

Réveillons-nous ! - Edgar Morin

80 pages
Parution : 2022

Un peu de l'histoire :

La France humaniste est en crise.

Cette France qui depuis la Révolution a coexisté avec une France plus réactionnaire, qui elle même a tout récemment encore trouvé son théoricien-polémiste en la personne d'Eric Zemmour.

Cette crise est multiple et nécessite selon Edgard Morin une révolution paradigmatique et de nouvelles politiques :
-de la production ;
-de la solidarité ;
-de l'éduction ;
-de réforme de l'Etat ;
-de civilisation.

Elles ouvriraient ainsi vers un espoir, en misant sur l'improbable, sur la créativité humaine et sur l'impossibilité pour ce système de durer à l'infini...

A mon avis :

En 80 pages, Edgard Morin fait l'analyse de notre société, de ses défauts, de ses fondements, économiques, sociaux, culturels.

En posant ces constats, il nous emmène vers ce qu'il imagine être notre planche de salut : faire preuve de plus d'humanisme.

Débat intéressant, peut-être un peu simpliste et réducteur, mais qui à l'avantage d'ouvrir nos esprits sur le thème du devenir de notre société.

Essai très facile à lire, à comprendre et didactique, il est rapidement parcouru, mais n'est pas non plus révolutionnaire, ni dans son constat, ni dans ses propositions.

Bon voilà quoi... rien de bien transcendant...
★★☆☆

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Qui est Edgar Morin ? : Cérémonie de son 100ème anniversaire :