lundi 28 septembre 2020

J'aime le sexe mais je préfère la pizza - Thomas Raphaël

272 pages
Parution : 2017

Un peu de l'histoire :

La première fois en salle de gym, la première rencontre avec Mike, l'influence de sa cousine Karine, le loto avec sa mère, évoquer la mort avec sa grand-mère, Saint-Martin dans les Caraïbes, son amie Marine, Cécile, son homosexualité, les conseils de M. Garric, le café où on ne sert pas de Cosmos, la fête d'anniversaire de Mick Jagger, et quelques autres anecdotes encore, sont livrées pêle-mêle, dans le désordre de cette biographie. 

Vraies ou romancées, elles racontent sporadiquement l'enfance et l'entrée dans l'âge adulte de Thomas Raphaël.

Mon avis : 

Mais qu'est-ce qui a bien pu arriver à Thomas Raphaël pour avoir envie de nous raconter autant d'insipidités ?

Ce livre, pourtant court, m'est tombé un nombre incroyable de fois des mains. J’ai cru un moment que je n’arriverai pas au bout.

D'abord parce qu'il est écrit de manière très ordinaire, l'écriture n'a rien de flamboyant, rien qui pourrait rattraper le vide des anecdotes. Car celles-ci ne présentent aucun intérêt ; elles n’ont pas de substance et on ne voit pas en quoi elles nourrissent le récit. Il s’agit plutôt sans doute de moments qui reviennent à la mémoire de l’auteur, sans fil conducteur ni raison, sans plus d’importance que l’heure à laquelle il s’est couché la veille.
Peut-être est-ce tout simplement la vie de l’auteur qui est sans grand intérêt... et dans ce cas, il ne faut pas en faire un bouquin... cqfd.

Sans vouloir en faire des tonnes, vous aurez compris que ce livre est creux.

Malheureusement, ce n’est manifestement pas encore assez difficile pour les lecteurs que nous sommes. Il aura fallu aussi nous attirer à coup de titre racoleur : du sexe, de la bouffe... il faut croire que c’est vendeur. Alors évidemment, puisqu’il n’est ni question de sexe (ou très peu), ni de pizza (ha si ! C’est le dernier mot du livre !), on a comme une vague impression d’être pris pour des gogos.

Et la cerise sur le gâteau, c’est cette référence que j’ai lue déci-delà à une sélection pour le prix du livre gay... Déjà il faudrait élucider cette énigme de ce que serait un livre gay... et puis ensuite nous dire pourquoi, sous prétexte que l’auteur en est, il serait susceptible d’obtenir un prix...

Voici donc un livre duquel je ressors mal en point, voire en colère d'avoir été trompé.

Je vous déconseille donc d’y entrer.
 



jeudi 10 septembre 2020

Le manufacturier - Mattias Köping

548 pages
Parution : 2018

Un peu de l'histoire :

D’un côté, au Havre, le chef de la brigade criminelle, le capitaine Radiche dit « zéro » traque Zakaria Khaledzaoui à la tête d’un réseau de trafic de drogue et de prostitution.

D’un autre, dans le Causse de Mende, Boris Horvat va enfin réussir à convaincre son fils adoptif, Milovan, d’entrer en contact avec cette avocate serbe qui traque les anciens bourreaux de la guerre des Balkans. 

Elle doit l’aider à trouver les membres survivants d’un groupe paramilitaire, et leur chef : Dragoljub, qui a exécuté sa famille de façon ignoble.

Enfin, dans un lieu inconnu, Serge Vivardoux se connecte sur le dark web au site du «Manufacturier de Jasenovac», hacker de génie, pour y regarder la dernière vidéo en ligne. 

Dans celle-ci un type insulte son geôlier, puis se met soudain à hurler de terreur. Vivardoux comprend pourquoi lorsque la caméra se déplace en contre-champ. « Quelques rats, guidés par des tunnels en treillis métalliques, trottinaient en couinant vers les doigts de la victime. Les rongeurs parvinrent dans la cage et passèrent à table. 

Les bestioles affamées dégustèrent le bout des doigts du type...».

A mon avis :

Comme diraient les tontons flingueurs : « c’est du brutal ! ». Ça bouscule, ça cogne, ça déménage, ça vous prend aux tripes ! Un thriller noir et violent, sans états d'âme, à ne pas mettre entre toutes les mains, les âmes sensibles n’y tiendront pas.

Des meurtres, de l’immoralité, du sexe malsain, des viols, de la torture et j’en passe... mais un livre qu’on ne peut plus lâcher une fois commencé.

L’écriture est dynamique, on alterne les trois situations décrites plus haut en s’interrogeant sur leurs liens. Et comme dans chacune d’elle on trouve un intérêt particulier, ça avance très vite. Progressivement on voit se dessiner les liens qui unissent ces personnages mais il n’est pas impossible que vous fassiez fausse route sur l’identité de chacun car ce livre est aussi bien pensé et malin.

Thriller réaliste et bien documenté... largement au dessus du lot et qui ferait passer nos thrillers habituels pour de fades romans à l’eau de rose. En tout cas, c’est un livre qui marque et que vous garderez en mémoire d’une manière ou d’une autre. 

Pour moi, c'est un chef d’œuvre.

Alors, si vous avez le cœur bien accroché, précipitez vous !!!

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"Le Manufacturier est un chef d'oeuvre" :




mardi 1 septembre 2020

Glacé - Bernard Minier

736 pages
Parution : 2012

Un peu de l’histoire :

Usine hydroélectrique d’Arruns dans les Pyrénées, le personnel en charge de l’entretien et qui vient d’arriver sur le site pour l’hiver appelle la Centrale :    « dites leur de rappliquer ! Il y a un cadavre ici ! Un truc de malade ! ».

Le commandant Martin Servaz du SRPJ de Toulouse et le capitaine de gendarmerie Irène Ziegler seront en charge conjointement de cette enquête qui ne doit pas traîner car l’usine appartient à Eric Lombard, l’une des plus grandes fortunes du Pays et homme de grande influence.

Mais à peine le temps de trouver des traces ADN sur la scène de crime et de s’interroger sur les incohérences de ce crime que déjà un second cadavre est découvert, pendu sous un pont.

Qu’est-ce qui relie ces deux morts ?

Peut-être l’un des pensionnaires de l’Institut Wargnier, dans lequel vient de débarquer la psychologue Diane Berg et qui héberge les plus dangereux criminels qui soient.

Mon avis :

On pourrait sans doute dire de ce polar qu’il entre dans le cadre parfait des policiers à succès, grâce à ses personnages (le flic et la gendarme, le riche homme d’affaire, la psychologue, les dangereux criminels psychopathes...), ses cadavres (leur genre et la mise en scène de leur mort), son énigme (qui implique plusieurs personnages et qui trouve sa source dans le passé), son suspense et tout ce qui participe des thrillers d’aujourd’hui.

Mais peut-être qu’à force, tout ceci fait un peu cliché ! Et qu’on a l’impression de déjà vu (le silence des agneaux ?).

Alors on est partagé, parce que malgré tout on est pris dès le début par l’action, on tourne les pages avec avidité pour connaître la suite et on se prend d’affection pour les personnages principaux qui ont une certaine consistance (notamment Servaz, que l’on retrouvera dans d’autres romans de Minier par la suite). 

Mais on reste hésitant parce qu’on trouve facilement le fin mot de l’histoire bien avant la fin, et qu’au fil du texte on relève forcément certaines aberrations et invraisemblances, trop évidentes pour passer inaperçues.

Alors au moment de fermer ce livre, on a l'impression d'avoir parcouru un bon polar, mais qu'il ne révolutionnera pas le genre non plus...
Et on se dit qu'on peut bien lui mettre 4 étoiles parce que quand même c'est bien écrit et qu'on est arrivé au bout facilement. Il ne faudrait donc pas décourager les futurs lecteurs... mais d'un autre coté il ne faut pas s'attendre à beaucoup plus que ça.

Pour être complet, ce livre, qui sera suivi de deux autres volumes ("le cercle" et "N’éteins pas la lumière"), a été adapté dans une série TV du même nom sur M6.
★★

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La série sur M6 :



lundi 24 août 2020

La valse des nantis - Christophe Tabard

238 pages
Parution : 2011

 Un peu de l'histoire :

Jean-Philippe Valon est un minable toxico de 29 ans, sous acide lorsqu'il participe au cambriolage d'un bijoutier pour voler des diamants. 

Evidemment, celui-ci tourne mal et son meilleur ami, Freddy, y laisse sa peau. Jean-Philippe, lui, a pris 8 ans de prison, accusé du meurtre de son ami lors du hold-up.

Mais Jean-Philippe sait qu'un certain Ernesto est le véritable coupable alors que lui est innocent. 

Après 6 ans d'incarcération, il est libéré pour bonne conduite. Mais ce n'est pas une réinsertion banale qui l'attend, car il n'a qu'une idée en tête : retrouver Ernesto et lui faire payer la mort de son ami. 
Il en a les moyens puisqu'il vient d'hériter de ses parents, morts durant son séjour carcéral, d'une somme rondelette.

Il n'est cependant pas le seul à vouloir retrouver Ernesto et les diamants avec lesquels il s'est enfui... De gros bonnets, avec de gros moyens sont aussi à ses trousses et vont l'aider.

Mon avis :

Ce qu'il y a d'intéressant dans ce roman, c'est ce mélange de James Bond, d'Enquête Corse et de San Antonio.

Du James Bond parce que l'action est régulièrement là, avec une organisation secrète et des méchants à la limite des personnages de Pulp Fiction, des morts, des femmes, du sexe (un peu plus cru que dans les James Bond quand même !), de la drogue. Et ce héros, à la fois cool et efficace, surtout déterminé et parfois too much...

...mais aussi,  un peu naïf et drôle, tel un Christian Clavier sur l'Ile de Beauté et qui met de temps en temps les pieds dans le plat...

...et tout ceci soutenu par une écriture crue, détachée et finalement assez moderne, sur le modèle d'un roman de Frédéric Dard.

L'auteur a bien compris que pour faire un bon polar, il fallait de l'action, du suspense et du sexe. Vous serez donc servis.

Et par conséquent, on ne s'ennuie pas à la lecture de ce livre et en suivant ce personnage principal auquel je me suis finalement attaché au fil des pages.
Pour les autres protagonistes, ils sont parfois assez nombreux et il ne faut donc pas s'y perdre, même s'ils sont bien identifiables.

Un roman plutôt sympa donc, à lire pour se détendre et rigoler un peu, malgré quelques fautes d'orthographe de-ci de-là...
★★


mercredi 12 août 2020

Papa, viens me chercher ! - Thierry et Nina Delcroix

208 pages
Parution : 2020

Un peu de l'histoire :

"Je m'appelle Nina, j'ai 16 ans, et je reviens de l'enfer".

Cet enfer, c'est d'abord celui du harcèlement "ordinaire" au collège, puis celui des  réseaux sociaux et des faux profils de prédateurs en chasse, celui de l'alcool aussi, du viol, de la drogue et de la  prostitution dans lesquels Nina va tomber. Contre son gré parfois, mais aussi  du fait de ses propres décisions, de cette quête d'une liberté qu'elle croit  naïvement pouvoir trouver si tôt, seule.

Mais les adultes, eux, le savent... la liberté a un prix, surtout si jeune. 

Et pour la famille, imaginer progressivement ce qui peut arriver à une jeune fille, qui plus est la sienne, aux mains de personnes plus ou moins bien intentionnées, c'est également un enfer. 

C'est constater son impuissance à protéger une enfant qui pourtant appelle sporadiquement au secours et qui, à peine retrouvée, est déjà repartie. C'est affronter l'apathie d'une administration pas toujours à l'écoute ni compréhensive. C'est essayer de faire appréhender une situation complexe et essayer d'en cerner soi-même les causes. 

Et c'est parfois échouer. 

Mon avis :

Ce livre est un témoignage bouleversant, pas seulement celui d'une jeune fille, mais aussi celui de sa famille. 

Ecrit à deux mains, alternativement le père et la fille, avec chacun sa version des événements et sa vision des choses, il relate de façon simple et claire la progressive descente vers l’enfer de la prostitution dont les deux ignorent tout à priori, mais qui deviendra vite une réalité bien palpable.

On ne saurait dire si c'est le harcèlement qu'elle a eu à supporter au collège qui est à l'origine de tout ça, ou le viol qu'elle a subit à ses 15 ans, car il transpire chez cette adolescente un besoin maladif de liberté, de contrôle de sa vie (est-ce une pathologie ?), et aussi cette impression qu'elle est dépassée elle-même par ses sentiments et qu'elle ne peut s'en défendre, malgré l'aide et l'amour de sa famille.

"Je crois que je leur dois d'être en vie aujourd'hui. Je m'en veux de les avoir tant fait souffrir, eux et mes petits frères. Quand j'y pense, cela me fait pleurer".

Et de fugues en fuites en avant, on perçoit l'engrenage dans lequel elle entre et dont elle aura tant de mal à sortir.

Pour nous lecteurs, on ne peut qu'être effarés de la facilité avec laquelle une adolescente, mineure, peut passer pour une adulte, se déplacer dans l’Hexagone ou à l'étranger sans accord familial, voire avec un signalement de fugue sur le dos. On ne peut aussi qu'être atterré de l'inertie d'une administration n'ayant que peu de moyens pour protéger les enfants qui, en quelques clics sur un ordinateur, peuvent se procurer de la drogue et vendre leur corps et leur jeunesse au premier pervers venu. Et ne vous y trompez pas... ce n'est pas de l'histoire ancienne : tout ceci s'est passé il y a deux ans à peine, autant dire hier !

Dès la première page, on ressent cette tension et on sait déjà qu'on ne ressortira pas indemne de ce livre, surtout en tant que parents.

C'est le but affiché : "Ce livre est un cri. Puisse-t-il aider les parents, les cadres éducatifs, les policiers, les magistrats, à prendre conscience de la complexité et de la gravité de ce fléau. Nos enfants ne sont pas à vendre".

Alors, parents, lisez-le !
★★

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Interview de Nina :

jeudi 6 août 2020

Je t'aime, je te trompe - Esther Perel

414 pages
Parution : 2018

Un peu de l'histoire :

"L'infidélité existe depuis l'invention du mariage, tout comme le tabou qui l'entoure".

C'est par cette certitude que démarre l'essai d'Esther Perel sur l'adultère, sa définition, ses conséquences et ses causes.

S'il faut pour elle, casser l'idée que les infidèles sont des malades mentaux, il faut aussi évoquer le fait que l'infidélité n'est plus ce qu'elle était. 

Le bonheur aujourd'hui est un impératif, et "compter sur une seule et même personne pour nous donner autant que ce que pouvait nous apporter tout un village autrefois, et ce en sachant que nous vivons bien plus longtemps" est une aberration selon Esther Perel.

En brossant d'abord la liste des changements qui sont intervenus depuis quelques décennies dans nos relations et dans la société et leur impact sur la vie de couple, elle tente de définir pour chacun ce qui peut représenter une infidélité, car celle-ci se cache parfois dans le simple défilement de profils sur une application de rencontre. Elle déroule ensuite les causes et les raisons qui poussent les hommes ou les femmes à passer à l'acte, car bien sûr, l'infidélité n'est pas réservée à un genre.

Et contrairement à certaines idées reçues, les conséquences de cette infidélité, si elles peuvent être dramatiques, sont paradoxalement aussi parfois l'occasion d'un regain d'affection ou de désir. 
Enfin et de la même manière, les causes n'en sont pas toujours identiques ni à l'origine des mêmes situations. Elles pourraient même parfois avoir un fondement justifié.

Esther Perel apporte alors son expérience de psychothérapeute pour évoquer tous ces sujets en s'appuyant sur les cas particuliers qu'elle a pu rencontrer et leur évolution dans le temps.

Mon avis :

Voici un essai sur un sujet somme toute intéressant, au sens propre du terme puisqu'il touche sans doute la plupart des couples, en pensée (et cela peut aussi être considéré comme de l'infidélité) ou en action.

Esther Perel brosse ici la plus grande partie des cas possibles, et son analyse est sans doute assez complète et en tout cas très documentée, d'autant qu'elle peut s'appuyer sur des années de pratique (pas de l'infidélité, mais d'études de cas en cabinet de psychothérapie !).
L'analyse en est donc assez professionnelle, sans partie pris ou jugement, ni de l'infidèle, ni de sa victime, ni du troisième protagoniste.

Elle donne ainsi des clés pour mieux comprendre la complexité de ce phénomène et son importance, parfois relative.

Tous ces éléments font que cet essai se lit avec beaucoup d'intérêt et assez facilement, l'auteur restant factuelle et très abordable dans le vocabulaire utilisé.

Cependant... (eh oui, sinon j'aurai mis 5 étoiles !), j'ai trouvé le récit parfois un peu long, notamment certains exemples qui traînent en longueur et en explications, voire en redites. 

Et puisque le panel des situations est étudié pratiquement intégralement, on y retrouve des cas tellement lointains de ce que pourrait vivre le lecteur que cela l'empêche d'être plongé dans sa lecture tout au long du livre. 

De fait, j’ai ressenti un peu de lassitude sur la fin... et je me suis surpris à penser déjà à mon prochain livre... vous avez dit infidélité ?
★★★

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Interview Deux plus un : Esther Perel :







mardi 21 juillet 2020

Il était deux fois - Franck Thilliez

Franck Thillier - Il était deux fois
528 pages
Parution : 2020

Un peu de l’histoire :

En se réveillant ce matin-là dans cet hôtel de Sagas, le lieutenant Gabriel Moscato a vieilli de 12 ans.

En réalité, l’amnésie psychogène atypique dont il souffre soudain, vient de lui faire perdre la mémoire des 12 dernières années de sa vie.

Pourtant, il le sait, ces années ont été consacrées à la recherche constante de sa fille, kidnappée à 17 ans sans qu’aucune recherche n’ait permis de retrouver sa trace.

Et 12 ans plus tard, la vie de Gabriel Moscato est bien différente : il n’est plus gendarme, sa femme l’a quitté et son ancien collègue, aujourd’hui capitaine, ne veut plus le voir rôder dans la région.

Que s’est-il passé durant cette longue période ? Qui est-il devenu et que lui est-il arrivé pour qu’il se réveille au même endroit après toutes ces années ? Sans doute était-il sur la piste de sa fille, mais il devra remonter le temps et pour la deuxième fois mener sa propre enquête pour comprendre ce qui l’a mené de nouveau à Sagas.

Mon avis :

Et voici encore une fois un thriller basé sur l'amnésie de son personnage principal, sujet déjà traité par cet auteur. En débutant ce livre, j'ai donc craint la redondance des situations avec la multitude des autres récits du genre, mais pour le coup, il n'en a rien été. 

D'abord parce que cette amnésie n'est pas le sujet central du livre et tout ne tourne donc pas autour de ce phénomène. Ensuite parce qu'elle est traitée de façon originale, avec ce retour sur les traces de l'enquête qu'a mené Moscato durant cette phase de sa vie et qui pour nous lecteurs, nous plonge directement dans l'action et permet parfois d'avancer plus rapidement dans le scénario.

Le rythme est donc rapide et dense, les événements s’enchaînent et l'action est permanente. On tourne les pages de cette histoire qui dévoile progressivement l'horreur de situations auxquelles on ne s'attend pas forcément en débutant sa lecture (et qui sont en fin de compte assez glauques, avis aux âmes sensibles), à tel point que parfois ça frôle l'improbabilité.

Les personnages principaux sont bien cernés et de nouveaux apparaissent au fur et à mesure, peut-être en trop grand nombre, ce qui nécessite un peu de concentration pour se souvenir de chacun, mais sans que cela n'ait gêné ma compréhension du texte.

Pas de temps mort donc, pour ce livre prenant et bien ficelé.
★★
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Franck Thilliez présente son livre :

jeudi 9 juillet 2020

Vanda - Marion Brunet

Marion Brunet - Vanda
240 pages
Parution : 2020

Un peu de l’histoire :

Après 7 années d'absence, Simon revient à Marseille pour s'occuper des affaires de sa mère, récemment décédée.

Il est venu seul, sans Chloé, avec qui il vit une vie parisienne, sans enfant, parce qu'elle n'en veut pas.

Vanda, elle, zone au bord de la plage, occupe un cabanon insalubre et fait le ménage en hôpital psychiatrique pour subvenir à ses besoins et nourrir son gosse, Noé.

Elle est "sans repères, une solitude prête à toutes les excentricités, une forme de liberté complètement flippante".
Sa situation est précaire, mais son caractère est trempé.

Simon et Vanda se croisent dans un bar, se reconnaissent et se souviennent de leur relation sept ans plus tôt. Il l'invite à boire un verre.

"J'imagine que tu veux voir Noé.
-Noé ? Qui ?
-Ton fils. C'est pour ça que t'es là, non ?".

Pourtant, elle n'est pas prête à laisser qui que se soit se mettre entre elle et son fils.

Mon avis :

Lorsqu'on est funambule, sur un fil, le moindre mouvement extérieur, volontaire ou non, risque de vous faire tomber.

C'est un peu le cas de ce personnage, Vanda. Elle vit dans la précarité, laisse son fils dans la voiture le soir lorsqu'elle sort, s'envoie en l'air sporadiquement avec qui elle veut, fume de l'herbe, squatte quasiment ce logement qui n'en est par réellement un et qu'elle doit abandonner pour laisser temporairement la place aux vacanciers... une vie sur le fil.
Et le coup de vent qui va déstabiliser cet équilibre, c'est Simon, alors que lui ne demandait rien, ou pas grand chose.

Il y a dans la description de cette vie cassée, à la marge, un réalisme absolu, qui permet au lecteur d’appréhender l'équilibre fragile qu'entretient cette femme, mais qui peut céder à tout moment... voire qui ne peut que céder à un moment. 

Et lorsque cela se produit, on est alors en mesure de comprendre la détresse, la peur et l'angoisse de cette mère qui n'a que son enfant pour bouée de sauvetage.

Une belle analyse de situation donc, qui manque néanmoins de dynamisme, avec quelques pages au rythme lent et ennuyeux et peut-être aussi un manque d'analyse de la psychologie des autres personnages, notamment de Simon.

Contrairement à ce que j'ai lu parfois dans certains commentaires, il ne me semble pas que ce soit un roman noir. Plutôt le révélateur d'une situation qui peut basculer parce que déjà au bord de la rupture. Situation somme toute assez banale, malheureusement.
★★★

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Interview La pause Kibookin : Marion Brunet






mardi 30 juin 2020

Eldorado - Laurent Gaudé

Laurent Gaudé - Eldorado
224 pages
Parution : 2009

Un peu de l'histoire :

Le commandant Salvatore Piracci travaille sur le Zeffiro, ce bateau qui navigue entre l’île de Lampedusa et Catane, son port d’attache et dont le rôle consiste à récupérer les migrants, toujours abandonnés dans des coques de bois, sans eau ni nourriture, avec la mort pour tout avenir.

Il leur sauve la vie, mais il détruit également leurs rêves d’eldorado en les livrant aux camps de migrants de Lampedusa.

Lorsque cette femme, qu’il a sauvé il y a quelques années, revient lui demander une arme pour tuer son ancien passeur, qu’elle juge responsable de la mort de son fils lors du voyage, un déclic se produit dans l’esprit de Piracci.

Lui aussi recherche son eldorado. Et c'est aussi le cas de Soleiman, ce syrien qui va traverser l’Afrique pour tenter à son tour de passer en Europe.

À mon avis :

Un récit circulaire : chacun cherche son propre eldorado, son sens à l’existence, quel que soit les risques et les conséquences.

Et puis, pour Piracci, il y a ce malaise en lui, celui qui est fondé par des années passées à empêcher les autres de réaliser leur rêve, de donner un sens à leur existence.

Ce malaise, cette douleur intérieure, on la ressent assez rapidement dans le récit. Elle se pose sans doute entre l'espoir de ces migrants et les déceptions qu'il engendre parfois.

C'est donc un récit plein de sens qui nous est livré ici, avec un style d'écriture poétique, plein d’émotion, de lyrisme, d’autant plus que le sujet est grave. C'est aussi le thème de prédilection de Laurent Gaudé.

On y retrouve, comme dans "La tresse", ce chassé-croisé de trois histoires qui se rencontrent et qui donnent le fil conducteur du récit. 

Mais au delà de cet aspect, il m'a néanmoins manqué de la profondeur d'analyse, notamment sur le sens du geste de Piracci, même si on peut lui donner une explication globale. 
De ce fait, on est trop passif et on suit ces trois aventures avec un peu de distance et de superficialité, alors que le sujet mériterait qu'on s'en imprègne beaucoup plus profondément. 

C'est ce qui fait sans doute la différence entre un récit dont on perçoit l'importance sans la toucher du doigt et une œuvre majeure... ce qu'il n'est pas.
★★★

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Laurent Gaudé : un auteur engagé

mardi 16 juin 2020

Post mortem - Karine Giébel

40 pages
Parution : 2013

Un peu de l'histoire : 

Morgane est une actrice connue. De celles qu'on reconnait dans la rue. 

Lorsqu'elle se rend chez le notaire qui l'a invitée à écouter le testament de l'un de ses fervents admirateurs, Aubain Mesnil, elle ne s'attend certainement pas à hériter de sa maison en Ardèche, au détriment de la propre famille du défunt.

Mais Aubain était un vrai fan, et il invite post mortem Morgane à se rendre dans cette maison, où une surprise l'attend.

"Et moi ? Je ne suis pas invité ? lui demandera son mari, Marc, au moment de partir.

"-Ça contrarie tes plans, si je viens ?
-Quels plans ?
-Me prends pas pour un abruti...
Ne pas l'énerver. Surtout quand il a un verre dans le nez.
-Je n'y vois aucun inconvénient, assure-t-elle docilement".

Alors ils partent à deux vers cette maison... vers ce piège mortel.


Mon avis :

Quel dommage que ce soit si court ! Mais quel tour de force que de faire entrer autant de rebondissements, de personnages bien campés, de suspense dans si peu de pages.

Une nouvelle plutôt qu'un roman, mais comme à son habitude, Karine Giébel nous entraîne dans son univers et nous surprend tout au long du récit, jusqu'à la toute dernière page.

Compte tenu de l'épaisseur du livre, je vous recommande de le lire d'une traite, pour rester dans l'atmosphère (même si celle-ci n'est pas très prononcée) et être retourné par la fin.

"D'abord, c'est la culpabilité qui s'insinuera en toi, doucement. Pour te dévorer de l'intérieur, lentement. Et puis viendra enfin le châtiment. Mon châtiment... Le crime parfait, Morgane".
★★

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Les autres avis relatifs à K. Giébel :

-Ce que tu as fait de moi
-Toutes blessent, la dernière tue
-Les morsures de l'ombre
-Purgatoire des innocents
-De force




lundi 8 juin 2020

Un cœur sombre - R.J. Ellory

RJ Ellory - Un coeur sombre
496 pages
Parution : 2016

Un peu de l'histoire :

Vincent Madigan est un flic véreux, mais aussi l'homme de main de Sandià, "usurier, bookmaker, dealer, maquereau, Roi d'East Harlem".

Et Madigan a aussi des dettes. 

Pour les rembourser il va tenter de voler Sandià lui-même, en braquant ses sbires et en raflant 400 000$ d'un coup, avec trois complices.

Mais le braquage tourne au drame, d'abord avec ses trois acolytes, ensuite avec cette gamine de 9 ans qui était chez Sandià et qui a pris une balle perdue.

Revenu comme flic en charge de l'affaire, Madigan sera pressé de toutes parts, y compris par Sandià -qui ignore son implication- de retrouver le coupable et de s'assurer que la fille reste en vie.

Comment faire avancer une affaire dont il ne doit pas trouver le coupable ? 
Qui est cette fille pour que Sandià, bandit sanguinaire, se préoccupe de sa santé ?

Et ce type, des affaires internes qui fourre son nez partout...


A mon avis :

Il y a du Quentin Tarantino et son "Jackie Brown" dans l'atmosphère de ce livre. Cette impression que tout se déroule comme dans un scénario bien rodé, où tout est prévu, calculé et prévisible, mais avec une tension sous-jacente qui ne quitte pas le lecteur, et des rebondissements inattendus.

Et puis il y a aussi ce qui fait le titre de l'ouvrage : ce cœur sombre, celui de Madigan, flic perdu, qui a tout raté, dans sa vie professionnelle comme personnelle et qui sera éternellement poursuivi par ses démons et ses ennemis, mais qui tente une hypothétique rédemption.

C'est donc l'atmosphère qui nous marque d'abord, mélangée à cette histoire bien ficelée et dans laquelle on est entraîné par des personnages profonds, qui ont de la consistance et de l'intérêt.

Bref, peu de critique à formuler sur ce récit, qui suit son cours irrésistiblement, si ce n'est peut être un manque global d'originalité et quelques longueurs lors des réflexions du héros, mais qui permettent néanmoins d'en cerner la psychologie et la noirceur.

Sans doute pas le meilleur RJ Ellory, mais une valeur sûre néanmoins...

★★★
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Teaser d'un cœur sombre :